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Smith & Nephew accélère son évolution pour répondre aux enjeux de l’ambulatoire

Juin 2019

Smith & Nephew a annoncé fin mars le lancement européen de PICO™7, un pansement à pression négative. La stratégie du groupe international qui s’inscrit dans l’innovation est d’accompagner la transformation du système de santé et la prise en charge de la santé en général.

Interview de Bertrand L’Huillier, Managing Director France, Belgique et Pays-Bas, Smith & Nephew --Propos recueillis par Thérèse Bouveret, biotech.info

Vous avez annoncé le 21 mars dernier le lancement européen d’un pansement à pression négative (TPN) Miniaturisée à usage unique, le PICO™7?

Ce pansement à pression négative bénéficie d’une petite pompe qui va aspirer l’exsudat et créer une dépression qui va permettre de réduire de 58 % les risques d’infection liées au site opératoire. Cliniquement, PICO7 offre une aspiration plus performante, une gestion des fuites supérieure, qui permet une meilleure application sur les zones anatomiquement difficiles où il est traditionnellement plus complexe d’obtenir et de maintenir une pression continue. Le dispositif est également équipé du tout premier indicateur de saturation du pansement, dans le but de réduire les changements inutiles et d’éviter le gaspillage. On peut le laisser 7 jours, il y a moins de risques de contamination par des bactéries. Ce nouveau dispositif réduit le nombre d’interventions du personnel infirmier, et donc les coûts tout en améliorant les soins.  Il faut faire évoluer les mentalités. Il s’agit d’un produit plus efficace apportant des gains de temps. Il est conçu pour les patients présentant un risque de mauvaise cicatrisation, et il a été démontré qu’il aide à diminuer les échecs dans la cicatrisation des plaies pouvant conduire à une infection.

Votre groupe a commencé dans le domaine du pansement il y a 160 ans. Depuis il s’est diversifié et connaît une évolution très rapide ?

Notre filiale France, Belgique, Pays-Bas, qui était implantée au Mans s’est rapprochée de Paris où se trouvent la plupart de nos partenaires commerciaux. Rappelons que ce groupe britannique coté à la bourse de Londres et de New York (LSE:SN, NYSE:SNN) compte 15.000 collaborateurs dans 100 pays et réalise 5 milliards de dollars de CA.

Au fil des évolutions, ce groupe a développé quatre grandes familles : traitements des plaies et cicatrisations, reconstruction orthopédique (hanche et genou), réparation des ligaments et tendons et enfin traumas (vis et matériel pour réparer une fracture). Sans compter une nouvelle entité en développement, l’ORL, depuis le rachat en 2014 d’Arthrocare qui avait des technologies communes en sport et médecine (ligamentoplastie) et un département ORL.

Avec la nomination du nouveau CEO de Smith & Nephew en mai 2018, les évolutions entamées depuis 6 ans vont s’accélérer. Nous avons la volonté d’accroître notre taille par des acquisitions qui vont renforcer le portefeuille technologique de la société et augmenter ses parts de marché.

Vous développez les activités de dispositifs médicaux ?

Le domaine de la Robotique et de l’assistance chirurgicale va devenir une division à très court terme. Suite au rachat de Blue Belt, nous avons lancé il y a deux ans le robot Navio qui va aider à la préparation de l’acte chirurgical et va permettre de faire des coupes osseuses de manière assistée dans l’orthopédie du genou. (NDLR : Le robot est déjà implanté dans trois hôpitaux universitaires et privés : Hôpital de la Croix Rousse à Lyon, Clinique Ambroise Paré – Thionville, Centre Hospitalier des Escartons de Briançon).

Comment Smith & Nephew s’inscrit-il dans les changements qui s’opèrent dans le marché de la santé ?

Le marché évolue parce que les décideurs ont changé. Différents acteurs interviennent dans le processus de décision dans le domaine de la santé. Le dernier CSIS a montré que les autorités ont décidé de soutenir de manière ferme l’ambulatoire. Nous constatons que les établissements de santé privés comme Ramsay se regroupent, se consolident et centralisent leurs achats. C’est vrai aussi au niveau des établissements publics (notamment via le programme GHT) avec la volonté de consolider sur le plan économique le soutien des différents projets.

Il y a une volonté politique gouvernementale : on doit absolument repositionner le système de santé pour le rendre plus efficace, moins cher, en intégrant les patients dans les enjeux. Le patient a un rôle prépondérant aujourd’hui : c’est lui le client final et son attitude consumériste le pousse à mettre en concurrence les hôpitaux mais aussi les chirurgiens, avec une attente de résultats.

Les hôpitaux les mieux équipés feront la différence ?

Un modèle plus original et performant va être un des éléments de la démarche mais pas le seul. Le chirurgien restera bien sûr un interlocuteur privilégié au sein de l’écosystème de la santé, mais Smith & Nephew considère qu’il faut aussi partir des attentes des autorités, des payeurs, des patients. En tant que groupe industriel, notre problématique est de comprendre leurs différents besoins et d’y répondre par des dispositifs médicaux appropriés.

Limiter la durée des séjours des patients à l’hôpital est une de ces priorités qui oriente votre stratégie ?

Oui, si l’on prend la prise en charge du patient, nous nous posons les questions suivantes : quelles sont les différentes étapes et comment le groupe va contribuer à ce que ces étapes se passent bien ? Telle est notre stratégie.

Prenons l’exemple du robot Navio dans la chirurgie du genou. Nous avons démontré que nous avions un processus rigoureux et reproductible qui assure la prise en charge chirurgicale. Comment cette technologie répond-elle à ces différents enjeux ? On assiste le chirurgien, les patients apprécient de savoir que tout le protocole de coupe osseuse est préparé, contrôlé, mesuré et ne dépend plus uniquement du geste d’un chirurgien qui peut faire des erreurs.

Par ailleurs, tous les chirurgiens d’un hôpital vont utiliser le Navio, et l’on commence à pouvoir évaluer le timing d’une opération et programmer la gestion du bloc. On devrait pouvoir ainsi à terme permettre à l’hôpital de gérer au mieux ses plannings afin de répondre plus en amont aux besoins des patients.

Enfin, le robot Navio permet d’être moins invasif, ce qui améliore la qualité d’intervention, la récupération du patient et réduit le temps d’hospitalisation. Nous prenons donc en compte à la fois le temps du chirurgien et celui du patient.

Avec le pansement à pression négative Pico 7 qui contrôle la cicatrisation et évite l’infection, les établissements démontrent qu’ils ont une gestion de la récupération du patient plus rapide. Dans cette logique, nous combinons un produit ou une technologie et nous les développons.

Autre exemple de la manière dont le service orthopédie de Smith & Nephew fait avancer la science avec des professeurs d’hôpitaux universitaires. Dans le cas d’une épaule qui se luxe, la chirurgie dite butée à ciel ouvert était reconnue comme un standard opératoire. Elle a basculé en 2008 lorsque Le Pr Boileau de l’hôpital universitaire de Nice a développé une technique chirurgicale dite butée sous arthroscopie, ou la butée d’épaule pour éviter cette chirurgie contraignante et douloureuse. Sa technique : réaliser la chirurgie entièrement de façon mini-invasive, sous arthroscopie, en introduisant dans l’épaule une caméra vidéo et des instruments miniaturisés pour faire le bilan des lésions de l’articulation et les traiter.

Est-ce que ces DM vont permettre de raccourcir la rééducation ?

L’évolution dans la santé touche énormément d’acteurs : le comportement du patient est potentiellement modifié et les biomedical devices jouent un rôle dans le succès de leur traitement. Un patient mieux préparé avant l’intervention va récupérer plus facilement, en particulier, dans la chirurgie du genou (implant, robot, techno chirurgicale). Et pourtant la durée de séjour en kiné va rester de deux à trois semaines alors qu’une semaine pourrait suffire si tout avait bien été prévu en amont. L’audit général doit amener à mesurer le bénéfice pour la santé du patient ramené chez lui plus que le coût du produit ou du bénéfice pour la société. Ce sont les règles qui doivent être revisitées : si vous prenez toute la France pour comparer la durée de l’opération sur une même pathologie, certains chirurgiens la font en 30 min d’autres en 1 h30. Il va falloir assainir tout ça non pas pour standardiser (car il y aura toujours une prise en charge dédiée qui correspondent à chaque patient) mais pour avoir des mesures de performance et d’efficacité.

Les applications sur Smart phone permettent de suivre les patients avec des mesures plus régulières ?

Est-ce que le medical device connecté est quelque chose qui aide à la prise en charge du patient ? Il faudra cadrer ces technologies et s’assurer que tous les MD implantables reçoivent la même puce de lecture de la température ou de pression artérielle et que c’est universel et efficace. Aujourd’hui les sociétés qui mettent en place la technologie ont 5 lecteurs différents. Quant aux applications à développer pour permettre au patient d’être plus rigoureux sur l’observance et sur le travail menant à la récupération, il faudrait que cette méthode soit la même pour tout le monde pour ne pas avoir 4 applications différentes. Dès qu’on rentre sur des sujets totalement pertinents, il faut essayer de trouver une harmonisation. Les Autorités ou ARS devront se pencher sur cette problématique. Et il faudra probablement un acteur qui se spécialise dans cette observance et la qualité du soin.

Est-ce que toutes ces applications sont la santé de demain ? Dans le domaine de la prévention, on dispose de beaucoup de données, récupérées en grande partie par les GAFA. En tant qu’industriel, où allons-nous nous situer ? Comment positionner nos dispositifs médicaux pour qu’ils soient mieux évalués par les autorités de santé, par l’ARS?

Propos recueillis par Thérèse Bouveret - biotech.info